RECO-ACT
dans la Presse

Février 2002 N° 35

Recouvrement des impayés : Les solutions existent mais sont méconnues

La créance peut être perdue si le délai de 60 jours est dépassé.
Le factoring et les sociétés de recouvrement butent sur le manque de confiance. L'assurance-crédit souffre de la réputation de la filière.

Que faire quand l'impayé dépasse les 20% du chiffre d'affaires? Une question légitime que se posent tous les dirigeants d'entreprises. Si le chiffre d'affaires est minoré par faute de recouvrement, l'entreprise pénètre dans un cercle vicieux qui peut lui coûter cher. La première étape est la non disponibilité de la trésorerie. Il en résulte des retards de règlement des fournisseurs ou même des employés. Souvent, les facilités bancaires comblent cette lacune. Elles restent toutefois chères à gérer car elles génèrent des agios et présentent un danger de dépendance vis-à-vis du banquier. Le cercle se répète et l'entreprise, souffrant du mauvais comportement de ses clients, devient elle-même, un partenaire peu crédible.

Le recouvrement est un métier

Cela est d'autant plus vrai que la lecture bilantielle de l'entreprise devient floue.Ahmed El Moukhtari, expert comptable, estime en effet qu' «un compte client trop gonflé dans un bilan par rapport aux autres postes ne fait que fausser toute interprétation s'il n'est pas bien analysé». Bien avant l'analyse comptable, la réalité des affaires dénote d'une mauvaise gestion en interne du portefeuille client.
L’entreprise manifeste souvent une mauvaise appréciation du risque client. Parfois, elle a des créances certaines mais, elle ne dispose pas de structures adaptées pour gérer de manière optimale ses ressources. Il faut se doter de systèmes informatisés et d'un encadrement fort du personnel.
L’enquête menée auprès de différents dirigeants révèle que le principal recours pour relancer le recouvrement des créances est la voie judiciaire. Or, «certains clients peuvent se cacher derrière le redressement judiciaire de l'entreprise en cas de défaillance», affirme Youssef Douieb, directeur général adjoint d'ACMAR.
En effet, depuis la promulgation du code de commerce, une action en justice ne peut être menée contre l'entreprise en redressement judiciaire. De surcroît, la créance peut être définitivement perdue si le délai de 60 jours, pour se faire inscrire à la liste des créanciers, est dépassé, ce à compter de la date de publication au bulletin officiel de la mise en redressement. Que faire alors contre ces remparts juridiques?.
Les incidents de paiement peuvent être confiés à des professionnels en la matière. Il s'agit d'une part du factor et de la société d'assurance-crédit qui interviennent en amont de la chaîne et d'autre part, de la société de recouvrement qui ne peut agir qu'après l’émergence du problème.

Extemalisation du recouvrement

D'abord, l'affacturage est une formule qui consiste en un transfert des créances commerciales à un professionnel. Ce dernier se charge de la tenue des comptes, du recouvrement à l'échéance et couvre le risque de défaillance du débiteur. Le factor perçoit une commission d'affacturage comprise entre 1 et 2% de la créance qui rémunère la garantie à 100% contre l"insolvabilité de l'acheteur, la gestion du portefeuille client y compris pré-contentieux et contentieux.
Par ailleurs, l'adhérent peut disposer d'un financement auprès du factor au titre d'une mobilisation des créances. Les taux de financement appliqués sont liés au taux de base bancaires relatifs aux crédits à court terme. Ce mode de gestion des impayés est cependant méconnu ou mal apprécié. Pour cause des opérateurs le voient d’un mauvais œil «j’étais tenté à un moment, mais ils ont dis à un moment, mais ils ont dis qu'il faut leur confier tout le portefeuille client; en plus, c'est cher et je pense que cela ne peut s'adapter que dans une culture bien déterminée», argue un gérant d'une PME. Le ton est donné. Confier son portefeuille client est un geste d'audace dans un environnement des affaires peu assaini. Si la question de la confiance peut être nuancée avec le temps, le coût de l'externalisation demeure inconnu pour la plupart des chefs d'entreprises. «il faut disposer d'un repère pour dire que c'est cher. Il s'agit en premier lieu de connaître le coût réel de la gestion des impayés en intégrant tous les paramètres directs et indirects», explique Abderrafii . Kassimi, directeur général de Maroc factoring.
En France, par exemple, le coût de la gestion des impayés est compris en moyenne entre 2,5 et 3% du montant de la créance. Il est ainsi supérieur au coût d'affacturage. Le développement de cette activité au Maroc se situe en moyenne à 15% sur les dernières années en dépit des réflexes et des habitudes des chefs d'entreprises combinés à la jeunesse du métier.
Quant à la société de recouvrement, si elle parvient à faire pression sur le débiteur, sa rémunération sera fixée en fonction de plusieurs facteurs: l'ancienneté de la créance, son montant ainsi que la localisation géographique du débiteur. «Il n’y a pas de frais ni d'honoraires payables d'avance, il y a seulement une obligation de résultat, c'est à dire que la rémunération des sociétés de recouvrement se fait au constat après encaissement des créances impayées», explique Jamal Krim, administrateur de RECO ACT, cabinet de recouvrement amiable et judiciaire. Dans le cas contraire, si le client s'avère de mauvaise foi, le créancier est averti. Il peut attaquer le client en justice. A ce moment, c'est l'avocat qui prend le relais. En outre, l'entreprise a intérêt à connaître le plus tôt possible le débiteur insolvable car elle aura plus de chance de se faire rembourser sur les biens meubles et immeubles du client qui font l'objet d'une enquête menée par la société de recouvrement qui détermine une rémunération au forfait. Elle peut se situer entre 500 et 1000 Dirhams en fonction de la localisation du débiteur. Cependant, le développement de ces «chasseurs de clients non solvables» risquent de butter contre le manque de visibilité à la fois du marché et au niveau juridique. La décision de passer le flambeau à une société de recouvrement intervient très souvent alors que la créance est quasiment perdue. A cela s'ajoute le vide juridique.

Prévenir plutôt que Guérir

Certaines entreprises préfèrent éviter les sociétés de recouvrement ou le factor. Elles tablent sur l'assurance-crédit. Il s'agit d'un contrat permettant de se prémunir contre le risque de non-paiement des créances moyennant le versement d'une prime. Il offre trois niveaux de protection.
En premier lieu, la prévention par l'appréciation de la solvabilité des clients de l'entreprise. Ensuite, le recouvrement des impayés de toutes les démarches à entreprendre, soit en phase de règlement amiable, ou lorsqu'un recours judiciaire s'avère nécessaire. Et enfin, en cas d'insolvabilité du client, l'entreprise est indemnisée à hauteur d'une quotité garantie.
Selon Youssef Douieb, «les freins à la consommation du produit, sont dus essentiellement à la réputation des sociétés d'assurances et aux contraintes liées au contrat lui même; la plupart des entreprises ne sont pas en mesure de déclarer leur chiffre d'affaires mensuel étant donné que souvent les ventes sont réalisées sans facture. Pour ce qui est du coût, il n'est pas à pointer du doigt; il varie entre 0,1% et 1,2 % du chiffre d'affaires assurable».


Par:
Nadia Benyouref