La créance
peut être perdue si le délai de 60 jours est dépassé.
Le factoring et les sociétés de recouvrement butent
sur le manque de confiance. L'assurance-crédit souffre de
la réputation de la filière.
Que faire quand l'impayé dépasse
les 20% du chiffre d'affaires? Une question légitime que
se posent tous les dirigeants d'entreprises. Si le chiffre d'affaires
est minoré par faute de recouvrement, l'entreprise pénètre
dans un cercle vicieux qui peut lui coûter cher. La première
étape est la non disponibilité de la trésorerie.
Il en résulte des retards de règlement des fournisseurs
ou même des employés. Souvent, les facilités
bancaires comblent cette lacune. Elles restent toutefois chères
à gérer car elles génèrent des agios
et présentent un danger de dépendance vis-à-vis
du banquier. Le cercle se répète et l'entreprise,
souffrant du mauvais comportement de ses clients, devient elle-même,
un partenaire peu crédible.
Le recouvrement est un métier
Cela est d'autant plus vrai que la lecture bilantielle
de l'entreprise devient floue.Ahmed El Moukhtari, expert comptable,
estime en effet qu' «un compte client trop gonflé
dans un bilan par rapport aux autres postes ne fait que fausser
toute interprétation s'il n'est pas bien analysé».
Bien avant l'analyse comptable, la réalité des affaires
dénote d'une mauvaise gestion en interne du portefeuille
client.
L’entreprise manifeste souvent une mauvaise appréciation
du risque client. Parfois, elle a des créances certaines
mais, elle ne dispose pas de structures adaptées pour gérer
de manière optimale ses ressources. Il faut se doter de
systèmes informatisés et d'un encadrement fort du
personnel.
L’enquête menée auprès de différents
dirigeants révèle que le principal recours pour
relancer le recouvrement des créances est la voie judiciaire.
Or, «certains clients peuvent se cacher derrière
le redressement judiciaire de l'entreprise en cas de défaillance»,
affirme Youssef Douieb, directeur général adjoint
d'ACMAR.
En effet, depuis la promulgation du code de commerce, une action
en justice ne peut être menée contre l'entreprise
en redressement judiciaire. De surcroît, la créance
peut être définitivement perdue si le délai
de 60 jours, pour se faire inscrire à la liste des créanciers,
est dépassé, ce à compter de la date de publication
au bulletin officiel de la mise en redressement. Que faire alors
contre ces remparts juridiques?.
Les incidents de paiement peuvent être confiés à
des professionnels en la matière. Il s'agit d'une part
du factor et de la société d'assurance-crédit
qui interviennent en amont de la chaîne et d'autre part,
de la société de recouvrement qui ne peut agir qu'après
l’émergence du problème.
Extemalisation du recouvrement
D'abord, l'affacturage est une formule qui consiste
en un transfert des créances commerciales à un professionnel.
Ce dernier se charge de la tenue des comptes, du recouvrement
à l'échéance et couvre le risque de défaillance
du débiteur. Le factor perçoit une commission d'affacturage
comprise entre 1 et 2% de la créance qui rémunère
la garantie à 100% contre l"insolvabilité de
l'acheteur, la gestion du portefeuille client y compris pré-contentieux
et contentieux.
Par ailleurs, l'adhérent peut disposer d'un financement
auprès du factor au titre d'une mobilisation des créances.
Les taux de financement appliqués sont liés au taux
de base bancaires relatifs aux crédits à court terme.
Ce mode de gestion des impayés est cependant méconnu
ou mal apprécié. Pour cause des opérateurs
le voient d’un mauvais œil «j’étais
tenté à un moment, mais ils ont dis à un
moment, mais ils ont dis qu'il faut leur confier tout le portefeuille
client; en plus, c'est cher et je pense que cela ne peut s'adapter
que dans une culture bien déterminée», argue
un gérant d'une PME. Le ton est donné. Confier son
portefeuille client est un geste d'audace dans un environnement
des affaires peu assaini. Si la question de la confiance peut
être nuancée avec le temps, le coût de l'externalisation
demeure inconnu pour la plupart des chefs d'entreprises. «il
faut disposer d'un repère pour dire que c'est cher. Il
s'agit en premier lieu de connaître le coût réel
de la gestion des impayés en intégrant tous les
paramètres directs et indirects», explique Abderrafii
. Kassimi, directeur général de Maroc factoring.
En France, par exemple, le coût de la gestion des impayés
est compris en moyenne entre 2,5 et 3% du montant de la créance.
Il est ainsi supérieur au coût d'affacturage. Le
développement de cette activité au Maroc se situe
en moyenne à 15% sur les dernières années
en dépit des réflexes et des habitudes des chefs
d'entreprises combinés à la jeunesse du métier.
Quant à la société de recouvrement, si elle
parvient à faire pression sur le débiteur, sa rémunération
sera fixée en fonction de plusieurs facteurs: l'ancienneté
de la créance, son montant ainsi que la localisation géographique
du débiteur. «Il n’y a pas de frais
ni d'honoraires payables d'avance, il y a seulement une obligation
de résultat, c'est à dire que la rémunération
des sociétés de recouvrement se fait au constat
après encaissement des créances impayées»,
explique Jamal Krim, administrateur de RECO ACT,
cabinet de recouvrement amiable et judiciaire. Dans le cas
contraire, si le client s'avère de mauvaise foi, le créancier
est averti. Il peut attaquer le client en justice. A ce moment,
c'est l'avocat qui prend le relais. En outre, l'entreprise a intérêt
à connaître le plus tôt possible le débiteur
insolvable car elle aura plus de chance de se faire rembourser
sur les biens meubles et immeubles du client qui font l'objet
d'une enquête menée par la société
de recouvrement qui détermine une rémunération
au forfait. Elle peut se situer entre 500 et 1000 Dirhams en fonction
de la localisation du débiteur. Cependant, le développement
de ces «chasseurs de clients non solvables» risquent
de butter contre le manque de visibilité à la fois
du marché et au niveau juridique. La décision de
passer le flambeau à une société de recouvrement
intervient très souvent alors que la créance est
quasiment perdue. A cela s'ajoute le vide juridique.
Prévenir plutôt que Guérir
Certaines entreprises préfèrent
éviter les sociétés de recouvrement ou le
factor. Elles tablent sur l'assurance-crédit. Il s'agit
d'un contrat permettant de se prémunir contre le risque
de non-paiement des créances moyennant le versement d'une
prime. Il offre trois niveaux de protection.
En premier lieu, la prévention par l'appréciation
de la solvabilité des clients de l'entreprise. Ensuite,
le recouvrement des impayés de toutes les démarches
à entreprendre, soit en phase de règlement amiable,
ou lorsqu'un recours judiciaire s'avère nécessaire.
Et enfin, en cas d'insolvabilité du client, l'entreprise
est indemnisée à hauteur d'une quotité garantie.
Selon Youssef Douieb, «les freins à la consommation
du produit, sont dus essentiellement à la réputation
des sociétés d'assurances et aux contraintes liées
au contrat lui même; la plupart des entreprises ne sont
pas en mesure de déclarer leur chiffre d'affaires mensuel
étant donné que souvent les ventes sont réalisées
sans facture. Pour ce qui est du coût, il n'est pas à
pointer du doigt; il varie entre 0,1% et 1,2 % du chiffre d'affaires
assurable».
Par: Nadia Benyouref