Organisée autour d'une dizaine
de PME, la "gestion active des créances" doit
encore gagner sa légitimité
Les donneurs d'ordres historiques
viennent du secteur bancaire, de sociétés de financement,
des assurances et des filiales de multinationales
L'explosion du crédit
interentreprises ouvre de réelles perspectives à
cette activité
MÉTIER émergent, le recouvrement
des créances par des cabinets spécialisés
est en quête de structuration, La niche est exploitée
par une dizaine de PME structurées auxquelles s'ajoute
une noria de TPE- toutes petites entreprises individuelles, A
l'expression recouvrement, les professionnels préferent
parler de "gestion active des créances", car
le terme recouvrement heurte sur le plan psychologique.
Outre le recouvrement classique, la poignée
de cabinets structurés exerce également du renseignement
commercial. Si cette activité s'est développée
avec l'extenalisation dans les entreprises depuis plus de dix
ans, elle est encore méconnue, voire mal perçue,
reconnaissent les professionnels, C'est d'ailleurs pour la crédibiliser
auprès des chefs d'entreprise qu'une association est en
cours de création autour des PME structurées du
métier. N'y intégreront que les cabinets qui rempliront
un certain nombre d'exigences professionnelles. Faute d'une réglementation,
les professionnels vont en instituer pour rassurer leurs partenaires:
une moralité sans faille, une caution bancaire, une couverture
d'assurance, etc.
L'obligation
de résultat
Contrairement aux avocats qui perçoivent
leurs honoraires, quelle que soit l'issue d'un procès,
les cabinets de recouvrement, eux, sont tenus à l'obligation
de résultat. Ils ne sont rémunérés
que si le dossier de créance aboutit. Les taux sont variables.
Il y a quelque temps, ils pouvaient aller jusqu'à 20% de
la créance récupérée. Aujourd'hui,
il est difficile d'avancer une fourchette, admettent les professionnels.
La guerre des prix est telle, que le taux peut descendre jusqu'à
5%, sinon plus: Mais attention! le moins cher n'est pas forcément
le plus efficace, prévient Jamal Krim,
administrateur de Reco-Act. Malheureusement,
ajoute-t-il, les entreprises arbitrent souvent en fonction du
seul critère des prix.
Il reste par ailleurs à gagner la confiance
des managers: pour nombre d'entre eux, transmettre un dossier
de crédit à un tiers afin de récupérer
l'argent chez un client est un réflexe qui ne coule pas
de source. C'est la grande bataille à venir et le challenge
de l'association qui së constitue. Le pari n'est pas gagné.
D'où l'importance de références dans la prospection
de la clientèle. C'est un élément décisif
pour décrocher un contrat. Il y a aussi la méfiance
classique entre organismes financiers malgré les embrassades
publiques dans les conférences. Certains refusent de travailler
avec un cabinet qui traite déjà des portefeuilles
d'un concurrent "par peur de ne pas communiquer le fichier
clientèle".
15
à 20% d'impayés sur les effets de commerce
Sur le papier, le potentiel en matière de
recouvrement de créances est énorme. Outre les crédits
bancaires et la montagne des créances en difficulté
(les milieux financiers estiment entre 15 et 20% le taux d'impayés
sur les effets de commerce), la croissance phénoménale
du crédit interentreprises ouvre des opportunités
aux cabinets de recouvrement. Et quand on connaît par ailleurs
la problématique d'impayés dans les transactions
commerciales, on mesure toute l'importance de la gestion active
de la créance. "Les banques, et de manière
générale, les sociétés de financement,
se sont rendu compte que de bons commerciaux ne faisaient pas
forcément de bons recouvreurs", analyse un professionnel."On
ne peut pas être au four et au moulin à la fois",
observe-t-il. Si le commercial cherche surtout à séduire
le client, le recouvreur traite d'un problème qui est déjà
né.
Dans le processus de recouvrement, le professionnel
déploie une technique spéciale de négociation
et fait appel à des outils psychologiques. Cela nécessite
une formation et la connaissance du secteur, poursuit-il. On part
du principe qu'un client défaillant est une personne en
difficulté, et notre rôle, c'est de lui apporter
une solution. Le postulat de base est que tout le monde est de
bonne foi même si dans le portefeuille, il y a quelques
"tricheurs". Mais "la plupart des gens ne deviennent
malhonnêtes que lorsqu'ils ne peuvent pas être honnêtes",
estime un professionel du domaine. Excepté les filiales
de multinationales rompues au service via les pratiques du groupe,
la plupart des sociétés attendent presque le pourrissement
de la situation avant de s'en remettre aux professionnels du recouvrement.
"Plus c'est tard, plus la probabilité de recouvrer
la créance devient minime", affirme un autre professionnel.
Au plus fort de la course au volume des crédits,
les commerciaux étaient considérés dans les
banques comme les forces vives de l'organisation. Un peu comme
les médecins dans un hôpital. L'essentiel était
de "faire du chiffre" et de dégager toujours
plus de crédits. La fonction du recouvrement relevait presque
de la seconde zone (et pour beaucoup, c'est toujours le cas).
Mais le rétrécissement des marges et la flambée
des créances en souffrance ont vite fait comprendre aux
banquiers qu'il y avait une menace sur l'équilibre de tout
le secteur. Et que s'adonner au striptease avec les règles
prudentielles de la banque centrale peut conduire au désastre.
Par: Abashi
Shama, MBA